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Institut des métiers de la ville

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table ronde: patrimoine occidental en Asie du Sud-Est

juin 15 - 16, 2015 08:30 — 17:00

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Date : Du 15 au 16 juin 2015.

Partenaires : Institut des métiers de la ville – IMV (Hanoi/Île-de-France) ; Centre de prospective et d’études urbaines – PADDI (Ho Chi Minh-Ville/Rhône Alpes/Grand Lyon) ; Ecole Française d’Extrême-Orient (Vietnam et Laos) ; Université d’architecture de Hanoi ; Bureau de gestion du vieux quartier de Hanoi (Hanoi/Toulouse) ; Centre de la Citadelle de Thang Long/Hanoi…

Lieux : 50 Dao Duy Tu - Hanoi

Format : 3 demi-journées : la première en séminaire… la seconde consacrée aux visites de terrains et la troisième à nouveau en séminaire.

 

L’objectif de la table ronde est de croiser des expériences concrètes dans diverses villes d’Asie du Sud-Est, afin de mieux comprendre la progression des projets de protection du patrimoine occidental et, à partir de bonnes pratiques, d’évaluer les outils à mettre en œuvre pour permettre une politique publique de mise en valeur de ce patrimoine. Ces outils sont d’ordre technique, mais également institutionnel, législatif, universitaire…

Certains projets présentés valoriseront l’expertise française dans le domaine de la gestion du patrimoine architectural, urbain et paysager, notamment à travers les projets de coopération décentralisée (Lyon/Ho Chi Minh-Ville, Hanoi/Toulouse, Hanoi/Île-de-France), véritable outil de promotion urbaine, permettant de monter des projets pilotes et des expériences souvent difficiles à assumer seul par les partenaires vietnamiens.

Les premières expériences singapouriennes ou chinoises de sauvegarde du patrimoine bâtie datant des années 70 et 80 nous éclairent sur la prise de conscience patrimoniale de la population et des acteurs publics en Asie et en particulier en Asie du Sud-Est.

A Singapour, en 1971, le gouvernement crée une commission pour la conservation des monuments qui classera une vingtaine de bâtiments entre 1971 et 1988, ce qui, à l’époque, est jugé insuffisant par les professionnels. L’intention initiale motivant la conservation est la volonté de maintenir une identité nationale perçue fragile et mise à mal par l’internationalisation des formes bâties que sont celles des tours et des quartiers d’affaires. Rapidement le débat gagne la sphère publique qui revendique une action plus large en faveur du patrimoine. Ainsi les compartiments, mêlant habitat et commerce, sont plébiscités comme un élément majeur de l’identité singapourienne. Par ailleurs, les opérations de conservation et de mise en valeur des rangées de compartiments s’accompagnent d’une volonté de favoriser le tourisme sur l’île, les anciens commerces chinois sont alors réaffectés en cafés, restaurants ou boutiques touristiques.

En 1979, on ouvre au public le site du tombeau de l’empereur Qin Shi Huangdi (259 av. J-C. / 210 av. J-C.), unificateur de la Chine. Ce site, avec la fameuse armée de soldats de terre cuite, avait été officiellement reconnu en 1974 et influencera la planification urbaine de Xi’An, ville de l’empereur Qin et première capitale chinoise, située à 30km du tombeau. En effet, Xi’An sera la première ville chinoise classée en 1982 en tant que « ville historique à protéger » et, à ce titre, la première à bénéficier d’un plan de protection du patrimoine culturel intégré au master plan à vision 2000 (réalisé dans les années 80). Les enjeux politiques et identitaires ont très largement influencé le choix de sauvegarde et de protection de Xi’An, site particulier, symbole de constitution et d’unité de la Chine.

Ce contexte est révélateur des intentions quant à la mise en valeur du patrimoine bâti : soit liées à l’identité nationale ou locale, soit liées au développement d’une économie touristique. Dans ce contexte, le patrimoine de la période coloniale n’a naturellement pas été priorisé, au contraire. En Asie, le patrimoine colonial ou inspiré de l’occident commencera à être valorisé dans des cas assez particuliers où la période de colonisation représente, pour la population ou le pouvoir en place, une spécificité par rapport à d’autres influences. Par exemple, à Hong Kong, il faut attendre la rétrocession en 1997 pour que le patrimoine colonial soit perçu comme potentiellement constitutif de l’identité de l’île, et donc que le gouvernement mette en place une politique de préservation de ce patrimoine.

Au Vietnam, très vite après l’indépendance, les bâtiments construits pendant la période coloniale sont réaffectés aux services du nouveau gouvernement national et de son administration. Une continuité fonctionnelle est même souvent à l’œuvre sous couvert du pragmatisme et de l’économie de guerre d’alors. Ainsi, les écoles sont restées des écoles, la mairie de Hanoi est devenue le comité populaire, la poste est restée la poste, le palais du gouverneur est devenu le palais présidentiel… ce maintien des fonctions dans les édifices respectifs a également favorisé une appropriation par les Vietnamiens comme un élément propre à leur culture. Ainsi l’architecture coloniale occidentale, n’a pas été l’objet de destruction idéologique, bien au contraire, dans une période de reconstruction d’un nationalisme nécessaire, elle est devenue un moyen de marquer une certaine différence avec d’autres nations voisines n’ayant pas vécue l’occupation de puissance européenne (notamment la Chine).

La valeur de l’architecture et de l’urbanisme de la période coloniale n’est donc plus à prouver au Vietnam, cependant sa protection reste encore précaire et trop souvent mise en balance avec les intérêts économiques d’investisseurs immobiliers.

Avec logique et méthode, les autorités nationales et locales ont classé et protégé les édifices typiques de la culture vietnamienne, tels que les maisons communales, les temples, les ensembles remarquables… Ce patrimoine est dominé par une culture du bois, largement influencée par la «civilisation du végétal » définie par les anthropologues pour l’Asie du Sud-Est. Les connaissances et les savoir-faire concernant l’architecture traditionnelle vietnamienne sont d’ailleurs de haut niveau, avec un apprentissage des gestes et des formes traditionnelles de la charpente en bois, de ses détails et de ses assemblages. Si certaines restaurations ne sont pas menées conformément à ces savoirs, c’est essentiellement à cause d’une mauvaise gestion, de gouvernance ou des contingences financières.

L’architecture et l’urbanisme de la période coloniale ne bénéficient pas d’une connaissance aussi fine et développée que celle sur l’architecture traditionnelle vietnamienne. En effet de nombreux ouvrages sont consacrés à l’architecture classique vietnamienne, telle que les pagodes, les maisons communales ou encore les palais. Les architectures vernaculaires ne sont pas en restes avec une bonne connaissance de la maison rurale, de son architecture en bois aux charpentes complexes, avec des styles et des formes appartenant à un référentiel symbolique élaboré. A l’inverse assez peu de travaux ont été mené sur l’architecture coloniale au Vietnam par les chercheurs Vietnamiens (à noter toutefois les travaux de Dang Thai Hoang, Tran Hung et Nguyen Quoc Thong et Français (citons tout de même Christian Pédelahore, d’Arnaud Le Brusq, France Mangin et Caroline Herbelin).

Outre les connaissances scientifiques concernant le patrimoine colonial, les mécanismes institutionnels et opérationnels nécessaires au montage de projets de restauration de ce type de patrimoine sont embryonnaires et pas encore assez efficaces. Par exemple, les monuments historiques classés et dépendant du ministère de la Culture ne bénéficient pas tous d’une documentation précise (relevé architectural, diagnostique structurel, état des lieux…). Les savoir-faire et les techniques d’étude et de restauration des bâtiments maçonnés, ne sont pas aussi développés que pour les édifices en bois : les méthodologies d’inventaire et de relevé ne sont pas maitrisées, les filières de formation spécialisées n’existent pas encore, les artisans spécialisés sont difficiles à identifier, il y a peu d’entreprises fournissant des matériaux appropriés aux chantiers de restaurations et le financement des études préalables à un projet de restauration ne sont que très rarement pris en compte par les autorités publics et/ou les investisseurs privés.

Cependant, plusieurs projets ont déjà été menés et illustrent une réelle prise de conscience des enjeux propres au patrimoine occidental ou colonial, à Hanoi, la rénovation de l’Opéra en 1997 pour le sommet de la francophonie reste un projet phare et exemplaire. A Hô Chi Minh-Ville les débats actuels sur le bâtiment du Tax Center témoignent également d’un renouvellement du positionnement tant de la population que des autorités sur le patrimoine architectural colonial. Da Lat reste un cas assez isolé au Vietnam où le patrimoine colonial est au cœur des enjeux du développement touristique de la ville avec des exemples de reconversion de villas en hôtels particulièrement bien réussis.

Afin de croiser les expériences la table ronde « patrimoine occidental en Asie du Sud-Est » sera organisée en deux temps.

La 1ère demi-journée regroupera des interventions sur les outils d’analyse et les méthodologies d’inventaire et de classification. Cette approche, académique, insistera sur la nécessité de créer de la connaissance autour du patrimoine colonial et des objets à conserver. De l’inventaire à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, préambule indispensable à toute politique publique de sauvegarde, il est ensuite nécessaire de créer une documentation détaillée pour chaque élément classé à conserver ou à restaurer. Ce type de document demande des compétences spécifiques, que les architectes n’ont pas tous acquis. Les formations complémentaires jouent ici un rôle fondamental, mais les projets pilotes sont également un moyen de perfectionner ou d’acquérir ces compétences. Plusieurs interventions lors de cette demi-journée présenteront des cas concret d’inventaire, de classement et d’étude patrimoniale d’édifices architecturaux.

La 2ème demi-journée sera plus orientée sur la nécessité d’avoir des outils institutionnels permettant de passer de l’analyse et de la connaissance aux projets opérationnels. Avec des exemples de mise en place de structures institutionnelles telles que le bureau de gestion du vieux quartier de Hanoi, nous aborderons les liens indispensables entre les projets opérationnels et les autorités locales. En effet, un programme de sauvegarde du patrimoine à nécessairement besoin de soutiens des acteurs politiques et administratifs à un niveau local. Entre ces deux demi-journée, plusieurs visites à Hanoi seront programmées afin d’appréhender concrètement les projets et les premiers résultats des politiques publiques de sauvegarde du patrimoine. Hanoi, jouant de son statut de capitale, de son ancienneté (plus de 1000 ans d’histoire urbaine), de son rôle dans la culture vietnamienne (au cœur du delta du Fleuve Rouge, berceau de la civilisation Viet), prend de plus en plus conscience de l’importance de sauvegarder son patrimoine architectural et urbain, et tente de favoriser les projets de mise en valeur du patrimoine, y compris celui datant de la période coloniale.

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