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exposition "L'ancien quartier français"

2010

L’inauguration de l’exposition a eu lieu le 2 novembre 2010 en présence du vice-président du Comité populaire de Hanoi, M. Nguyên Van Khôi, de l’Ambassadeur de France au Vietnam M. Jean-François Girault et de Thierry Huau, directeur de l’agence d'urbanisme-paysagisme Interscène.

L'exposition a présenté l'étude patrimoniale de l'ancien quartier français

Cette étude a permis d’établir un schéma directeur du quartier et un plan de règlement permettant de définir des normes de construction (hauteur, recul, espaces verts...) adaptées aux fonctions socio-économiques et à l'environnement de l’ancien quartier français.

L'exposition avait pour objectif d'informer et de consulter le public, en parallèle des discussions menées avec le Comité populaire de Hanoi, concernant la mise en œuvre du règlement de construction, pour la préservation et la mise en valeur de ce secteur de la capitale.

A cette occasion, l’ouvrage sur le patrimoine architectural français, « Hanoi Rêve d'Occident en Extrême-Orient » a été présenté. Ce livre a été réalisé par le Service Patrimoine et Inventaire de la région Île-de-France et l’IMV. Il a été publié en France et au Vietnam (en vietnamien) en octobre 2011.

 

 

Contexte

Depuis la politique d’ouverture, la capitale vietnamienne connaît de grandes mutations sous l’effet de l’accélération économique. Cet emballement urbain se lit dans le paysage, particulièrement dans l’ancien quartier français, situé au sud du lac Hoan Kiem. Ce site qui occupe une position stratégique, à l’interface des différents quartiers historiques de la ville abrite encore un important patrimoine datant de la période coloniale.

Transformations :

A partir des années 60, lorsque les villas ont été investies par plusieurs familles, la densification progressive du quartier s’est traduite par des adjonctions bâties : à l’arrière de la parcelle ou en hauteur, en façade pour accueillir des commerces, allant parfois jusqu’à rendre les anciennes façades méconnaissables ou à les faire disparaître.

Depuis les années 1990, la densification est plus radicale : des pans entiers d’îlots sont démolis pour permettre l’édification de tours, symboles du modernisme de la politique d’ouverture.

La ville de Hanoï s’interroge sur la façon de canaliser le développement de ce quartier et d’y introduire la notion de protection patrimoniale. Elle a souhaité être guidée dans sa démarche et a lancé la présente étude avec l’aide de la Région Ile de France.

Un travail de relevé durant plusieurs semaines en 2007 et 2008 a permis de sélectionner environ 400 édifices et de les classer à partir de différents critères : leur exemplarité architecturale, leur éventuelle appartenance à un ensemble patrimonial ou urbain, leur valeur culturelle, l’état du bâti…

Une analyse urbaine et paysagère a été menée sur le quartier en parrallèle.

Patrimoines

Patrimoine urbain et végétal

Le quartier a été conçu sur le principe d’une ville jardin. En 1931, Pierre Gourou écrit que «vue d’un point de vue élevé, cette partie de la ville disparaît sous la verdure». Aujourd’hui, les nouvelles hauteurs du bâti ainsi que la disparition progressive de nombreux jardins du fait de la densification en ont changé quelque peu la perception. Pourtant, il reste l’un des quartiers les plus verts de la capitale. Son patrimoine végétal tient surtout à l’ampleur et à la qualité de son exceptionnel réseau de plantations d’alignement qui accompagne le damier des avenues.

Vaste lotissement à la trame orthogonale, le quartier dispose de grands îlots (environ 150 m de côté) qui ont été construits au fur et à mesure et au gré des besoins de la période coloniale. Cette trame en damier régulée par de larges avenues d’une trentaine de mètres de large joue aujourd’hui encore un rôle essentiel dans l’irrigation du cœur de la capitale.

Inspiré des villes européennes, ce damier est ponctuéde quelques effets de composition urbaine, notamment des perspectives sur de grands bâtiments civils édifiés les premiers sur les îlots vierges, la construction de la rue s’étant fait souvent par la suite de façon plus ou moins aléatoire.

Les places urbaines sont rares mais intéressantescar chacune d’entre elles met en scène un élémentremarquable du patrimoine bâti (l’opéra, l’ancienne banque d’Indochine, l’université…). Ces perspectives doivent être préservées et soulignées dans le développement.

Patrimoine architectural

Le quartier présente des styles architecturaux très variés. Dans un premier temps, les architectes français reproduisaient différents styles importés (styles classique et régionaliste) puis ils s’en sont affranchis pour inventer un style mixte dit « indochinois». Des architectes vietnamiens formés à l’école des beaux-arts ont par la suite enrichi le quartier d’une nouvelle architecture vietnamienne inspirée des techniques occidentales (période art-déco et moderne).

Le style néoclassique sert à monumentaliser les édifices publics ou certaines riches villas (années Vildieu). Le style régionaliste évoque les styles de diverses régions françaises et les maisons de villégiatures des stations balnéaires. Le style «indochinois» adapte les techniques modernes aux traditions culturelles orientales (E.Hébrard) Les style art-déco et moderne aux formes épurées essentiellement géométriques, expriment la fonction du bâtiment sans ornement superflu.

La synthèse de ce diagnostic a permis d’obtenir un regard croisé sur les patrimoines architecturaux, paysagers et urbains de l’ancien quartier français.

Trois secteurs se distinguent pour leur forte densité patrimoniale. Ils sont identifiés somme des ensembles urbainsà protéger, des secteurs sensibles qui doivent conserver leurcohérence d’ensemble, leur ambiance, leur spécificité au cœurde la ville. Ils sont emblématiques de l’histoire urbaine de lacapitale : le quartier de la cathédrale à l’ouest du lac Hoan Kiem, le quartier de l’opéra à l’est du lac, le quartier résidentiel au nord du lac Thien Quang.

Secteurs

Quartier de la Cathédrale

L’ensemble patrimonial à l’ouest du petit lac : l’ancien quartier des missions catholiques autour de la cathédrale St Joseph

Origine historique :

En 1873, la mission, ou foyer d’évangélisation, est une simple chapelle de bois entourée de quelques maisons chrétiennes sur un terrain, en retrait de la rive du petit lac. Puis le père Landais fait édifier l’un des premiers bâtiments en dur en 1876, toujours en place dans l’enceinte de l’ancien évêché. Dix ans plus tard, la cathédrale est construite à l’emplacement d’une pagode.

Patrimoine architectural :

Le premier évêché de Hanoi, la cathédrale de style néogothique, la pagode de la rue Nha Tho, et sur les rives du lac, l’ancien commissariat de police et quelques belles villas.

Patrimoine paysager et urbain :

La cathédrale ainsi que la place et la rue qui la précèdent s’inscrivent aujourd’hui dans un tissu commerçant traditionnel dense. Il s’en dégage un paysage de contrastes étonnant où se mêlent, les façades anciennes, les boutiques étroites et les arbres gigantesques de la rue Nha Tho, la perspective sur la silhouette sombre et austère de la cathédrale, la présence d’espaces ouverts à l’écart des grands axes de circulation tels que l’ensemble paysagé de l’ancien évêché

Quartier de l’Opéra

A l’est du petit lac, le quartier des administrations, de l’opéra, de la banque.

Origine historique :

A partir de 1886, quand Hanoï devient la capitale de l’Union Indochinoise, Paul Bert déplace le siège du pouvoir de la concession sur la rive est du petit lac. Il donne corps à un véritable centre administratif au cœur de la cité. A cette même époque, les fortifications sont démolies et remplacées par une avenue (Le Thai To) qui ouvre le quartier vers le fleuve.

Patrimoine architectural :

Il s’y concentre la plupart des édifices exceptionnels, mélangeant des styles classiques, art déco ou indochinois (la résidence supérieure du Tonkin, l’hôtel Métropole, l’opéra, le musée Louis Finot, l’hôtel des armées, les grands magasins, les sièges des banques, la poste,... ) ainsi que de belles villas de style classique enserrées dans des jardins.

Patrimoine paysager et urbain :

C’est un quartier largement dimensionné, aéré et ponctué d’espaces verts. Une ambiance monumentale se dégage des effets de composition urbaine, autour des grands carrefours en étoile et des perspectives sur l’opéra et l’ancienne banque d’Indochine. C’est l’effet de représentation des villes européennes qui est reproduit dans ce quartier où siégeait l’administration.

La rue Trang Tien plus étroite avec son parcellaire resserré et allongé, typique des rues commerçantes asiatiques, se pose ici un peu en exception.

Quartier résidentiel Thien Quang

Au nord du lac Thien Quang, le lotissement résidentiel aménagé par Louis Georges Pineau.

Origine historique :

Le quartier résidentiel ainsi que les rives du lac Thien Quang sont aménagés par Louis Georges Pineau à la fin des années 30. Dans ce quartier cohabitaient la bourgeoisie vietnamienne et le colonat progressiste. Le style international de l’habitat permettait de dépasser les clivages.

Patrimoine paysager et urbain :

Au nord du lac, se concentrent des villas blanches, bleues et ocres, héritières des leçons du Bauhaus et des idées diffusées par les revues telles que « l’Architecture d’aujourd’hui ». Les maisons au plan libre mais au style homogène s’alignent sur des parcelles évoquant les compartiments traditionnels. De ce lotissement résidentiel, situé à l’écart des grands axes, où perdurent les petits jardins et les clôtures assortis aux constructions, se dégage encore l’ambiance d’un quartier tranquille des années 30.

Patrimoine architectural :

Les jeux de volume géométriques autorisés par le béton armé permettent d’expérimenter les porte-à-faux, d’ériger de hautes cages d’escalier saillantes, de dessiner des auvents plats et de généraliser les toits-terrasses.

Au-delà de ces trois grands secteurs, le patrimoine jalonne les grandes avenues de façon diffuse. Certaines constructions se regroupent parfois pour former des ensembles patrimoniaux intéressants : l’université et les villas de la rue Ly Tuong Kiet, la rue Quan Su et sa pagode, l’ensemble judiciaire (le palais de justice et la prison), l’église de la rue Ham Long et ses abords.

Master Plan

La boucle verte

Dans une capitale en pleine mutation, il est indispensable de prévoir des lieux de respiration pour accueillir une population croissante et de plus en plus exposée aux « agressions » de la ville. C’est une des conditions essentielles de la densification, de l’évolution du cadre de vie et de l’image de modernité attendues d’une capitale.

Le principe retenu dans le master plan est celui d’une grande liaison paysagère s’appuyant sur le patrimoine architectural, paysager et urbain du quartier. En adoptant la formed’un arc de cercle de l’opéra au lac Thien Quang, cette grandeboucle verte relie les trois secteurs à fortes concentrationspatrimoniales.

Elle doit pouvoir se poursuivre au-delà du périmètre d’étude, en direction d’autres lieux d’intérêt de la capitale : au sud, vers le lac Lénine, à l’ouest, vers la citadelle et le quartier de Ba Dinh, au nord vers le quartier des 36 rues et pourquoi pas, à plus long terme, en direction du fleuve rouge dont la ville est aujourd’hui coupée.

Elle offre un cadre de vie valorisé favorisant la détente, les rencontres et l’échange dans ces nouveaux lieux de convivialité, facilement accessibles depuis les quartierspériphériques. Elle anticipe les nouveaux comportementsde déplacement des hanoïens, qui avec l’arrivée du métro,afflueront bientôt à pied dans le quartier.

Véritable outil de développement touristique, cet itinéraire privilégié de découverte qui suit la trace patrimoniale des différents lieux historiques de la capitale offre un réseau adapté à la promenade, protégé des nuisances de la circulation.

Ce parcours paysager à l’abri du trafic privilégie les rues, ruelles, squares, jardins et berges de lac.

Il s’agit de:

  • Valoriser les lacs Hoan Kiem et Thien Quang en élargissant les berges et en repensant leur traitement paysager pour que les rives deviennent des lieux privilégiés de promenade.
  • Protéger les jardins qui cernent les monuments et bâtiments administratifs et les rendre si possible accessibles au public
  • Anticiper dès aujourd’hui sur les déplacements éventuels des administrations et autres patrimoines institutionnels et profiter de ces opportunités foncières pour y aménager de nouveauxjardins publics ouverts sur la ville.
  • Désencombrer les passages et ruelles existants en cœur d’ilôt et développer le réseau des petites rues qui donnent à découvrir différentes ambiances du quartier. Les dessertes traversantes des cœurs d’îlots devraient être encouragées voire imposées dans le cadre des nouvelles opérations.
  • Libérer les trottoirs des véhicules en stationnement et d’un mobilier urbain trop imposant, libérer les clôtures de leurs bardages.
  • Prévoir un traitement des sols et du mobilier urbain qui rendent le parcours repérable, confortable et sécurisé.
  • Entretenir les jardins pour dégager les perspectives intéressantes sur les éléments historiques et paysagers.
  • Inciter par la réglementation d’implantation des constructions le développement de jardins en façade d’avenue, qui prolongent l’effet végétalisé de l’espace public.
  • Poursuivre la gestion de la trame des arbres d’alignement.

 

Règlement

Mettre le patrimoine en avant

Les conditions préalables à tout projet concernant le patrimoine protégé impliquent obligatoirement :

 

  • la restauration de la construction historique respectant les matériaux et les techniques traditionnels.
  • la démolition des ajouts situés entre la construction et l’alignement.
  • la conservation et la restauration des clôtures historiques
  • la préservation et l’entretien du patrimoine végétal existant et la végétalisation de l’espace non bâti.

 

Le patrimoine « exceptionnel » peut éventuellement recevoir de nouvelles constructions si elles sont implantées à l’arrière de l’édifice historique, à partir d’une construction indépendante invisible de la rue.

Le patrimoine « remarquable » peut être étendu. L’extension peut s’accoler à la façade arrière de la construction historique.

Les règles de constructibilité sont alors celles qui sont indiquées sur le plan de règlement, par îlot.

Le patrimoine « secondaire » peut être démoli. La reconstruction se fait alors selon les règles indiquées sur le plan de règlement.

Les règles de protection du patrimoine ainsi que les règles des nouvelles constructions tiennent compte des différentstissus identifiés dans le quartier et du caractère paysager ou urbain des avenues. Dans tous les cas, les nouvelles constructions s’apparentant à des pastiches du style colonial sont déconseillées. Les matériaux contemporains seront privilégiés afin de conserver la lecture historique du quartier.

Les espaces verts à protéger (espaces publics paysagers ouverts ou fermés) indiqués sur le plan restent inconstructibles et doivent éventuellement être requalifiés.

Réinterpréter l’ambiance Cité-Jardin

Il s’agit de réinterpréter à travers des formes architecturales et urbaines contemporaines l’ambiance de ville-jardin qui distingue aujourd’hui encore ce quartier dans la capitale.

Définir les implantations des constructions par rapport à l’espace public pour :

  • Mettre en avant le patrimoine: l’implantation des nouvelles constructions respecte le recul moyen des constructions historiques, de façon à ne pas faire disparaître en deuxième front ces constructions anciennes. Ces retraits par rapport à la rue seront obligatoirement paysagés.
  • Confirmer le caractère urbain ou paysagé de certains axes : l’implantation des nouvelles constructions se fait enordre continu le long de Trang Tien, Hang Bai et Ba Trieu danssa partie nord pour conforter leur caractère urbain et leurlinéaire commercial. En revanche, pour retrouver le caractèrepaysager des boulevards Trang Hung Dao et Ly Thuong Kiet, le règlement impose des implantations en recul de 10 m qui mettent en scène des jardins devant les villas.
  • Moduler les hauteurs selon les tissus : dans les secteurs protégés, les hauteurs des nouvelles constructions devront respecter la hauteur moyenne du patrimoine de l’îlot dans lequel elles s’implantent.

Pour maintenir le caractère résidentiel des quartiers du sud, les hauteurs n’excèdent pas 15 m.

Dans la zone mixte du centre, près de la gare et de la route digue, les hauteurs peuvent atteindre un maximum de 30 m à certaines conditions.

Les clôtures et les devantures

L’alignement des clôtures joue un rôle essentiel dans la lecture du paysage et l’homogénéité de la rue. Ainsi les clôtures historiques sont protégées quel que soit le classement de l’édifice correspondant et les nouvelles clôtures devront reprendre le même profil que celui des clôtures anciennes.

Les devantures et les enseignes commerciales doivent respecter le rythme de la façade et notamment les lignes de descente de charge. La taille des enseignes doit être réglementée pour ne pas obstruer les éléments de composition architecturale et ne pas empiéter sur le cordon formant appui du premier étage.

La végétalisation des espaces extérieurs.

Tout projet doit être accompagné d’un plan de végétalisation présentant un minimum d’un arbre tous les 100 m et 80 % de surfaces perméables.

Le traitement paysager des espaces privatifs non bâtis créés par des retraits de façade sont précisément règlementés selon leur fonction (jardins privés, entrée d’administration, accès de restaurant ou de commerces..) Les terrasses doivent être également végétalisés.

Simulations

Une volumétrie harmonieuse

Cette modélisation en 3D correspond à un plan d’épannelage restituant les règles de hauteur du règlement. Les volumétries des îlots s’entendent comme des gabarits. Elles ne peuvent ni anticiper ni restituer la réalité de la règle appliquée à la parcelle (implantations continues ou discontinues, emprises au sol, densités ...)

 

Le relevé du patrimoine effectué dans le cadre de cette mission est forcément incomplet. Cette étude s’entend avant tout comme une méthodologie qui peut être étendue à un travail de repérage plus fin et mieux renseigné.

La protection du patrimoine est avant tout un travail de concertation qui mobilise les habitants, l’administration et les instances publiques partenaires. D’un point de vue de la méthodologie, les protections patrimoniales retenues doivent provenir essentiellement de trois sources : 1) les habitants sont tous invités à formuler des propositions qui permettent de prendre en compte l’attachement qu’ils leur portent, 2) les services de la ville compétents 3) les experts

Cette étude, par sa diffusion, vise à sensibiliser la population dans ce sens.

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